jeudi 25 novembre 2021

Didier Raoult devrait payer pour ses résultats frauduleux!

 

Mes amis, le sujet est sérieux. Sérieux certainement, drôle possiblement ! Rassurez-vous. Vous comprendrez bientôt pourquoi j’emploie le terme « drôle ».

Dans les dossiers d’enquête de l’AP-HM sur les méthodes scientifiques et managériales du professeur Raoult et des chefs de pôle de l’IHU marseillais, des membres du personnel se mettent à table. Et, ne boudons pas notre plaisir, presque notre victoire : certaines déclarations sont croustillantes. L’un déclare qu’il est mal à l’aise face, ouvrez les guillemets, à « des pratiques scientifiques et éthiques regrettables ». Un autre va plus loin en expliquant, et là à nouveau les guillemets s’ouvrent, qu’il « n’y a pas de véritable science derrière les publications de l’IHU depuis des années ». Le chercheur que je suis s’interroge sur ce terme « véritable science ». Que souhaite nous dire l’auteur de ces propos ? Il faut lire plus avant. Ce médecin poursuit par cette terrible affirmation : « Les résultats présentés doivent correspondre aux hypothèses faites par Didier Raoult ». Stupeur et tremblements ! Soyons honnête ! Depuis longtemps la stupeur nous a quitté lorsque l’on parle de cet institut.

Les résultats doivent correspondre aux hypothèses ! Donc, selon ce médecin, pour le professeur Raoult, la réalité biologique doit donc être ciselée pour entrer dans la forme hypothétique. Et tant pis pour ce qui aurait été supprimé. Les statistiques, la méthode, la reproductibilité aux oubliettes. Et la clé est jeté. Le professeur Raoult, du haut de son génie, ordonne et la réalité obéie. Pour paraphraser Bernanos, la réalité n’est qu’une naine juchée sur les épaules du géant Raoult !

Les résultats doivent correspondre aux hypothèses ! Ou du raisonnement de bas étage. Dès la seconde ou troisième année d’université les étudiants ne font plus ce genre d’erreur. Les professeurs dignes de ce nom le leur apprend. Est-ce à dire que les équipes de l’IHU Méditerranée n’ont pas le niveau d’un étudiant de licence ? Il serait faux de le croire.  Les cadres de l’IHU tentent par tous les moyens de se hisser sur le podium des équipes les plus citées au monde. A cela s’ajoute, et les témoignages le décrivent, le culte de la personnalité. On apprend par exemple que les vidéos du professeur Raoult tournent en boucle au sein de l’IHU.

Les résultats doivent correspondre aux hypothèses ! C’est pour cela, nous expliquent les médecins qui témoignent que lors des premiers tests cliniques de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le SARS-CoV2, et ici ouvrons les guillemets pour citer, « les résultats n’allant pas dans le sens de Didier Raoult », le seuil de positivité des tests PCR a été modifié. Le nombre de cycles étant plus faibles pour les patients ayant pris le traitement que pour le groupe témoin. Là, si cela est avéré, et par soucis d’être factuel, restons sur le conditionnel, il s’agirait d’une falsification de résultats pour reprendre le terme des personnes entendues, d’une fraude manifeste si l’on n’a pas peur des mots, de bas étage. De bas étage oui ! Une possible fraude sans art ! Une possible fraude d’un niveau amateur qui passe largement sous les radars du reviewing. En effet, un reviewer ne peut un instant pas imaginer qu’un chercheur, qu’un médecin ait pu changer le nombre de cycles d’une PCR entre deux groupes de patients. Pourriez-vous penser qu’un faussaire imprime ses faux billets en noir et blanc ? Impensable tant ce serait grotesque ! Impensable pour un reviewer ! Pour un reviewer peut-être. Mais pas pour un Silviano Trotta, je vous ai dit que la situation était drôle, qui nous a averti à grand cri de la possibilité de fraude aux cycles d’amplification. Ah ! Jeune Silviano, tu vois que cette fraude n’a pas servi à gonfler artificiellement le nombre de sujet contaminé au sars-cov2 mais… à le diminuer ! Hilarant, n’est-ce pas ?

Une possible fraude sans art ! Sans art et pourtant publiée ! Ah qu’elles sont loin les fraudes détectées par la devenue célèbre Elisabeth Bik qui observe tous les jours sur son écran l’ingéniosité de certains faussaires des sciences !

Une possible fraude sans art qui a déchiré la France et une partie du monde en deux !

Mais faisons un pas de plus et interrogeons-nous. Les faussaires scientifiques, combien de divisions ? Selon le chercheur et journaliste scientifique Nicolas Chevassus-au-Louis, la malscience, pour utiliser son terme, est avouée par 2% des chercheurs interrogés. Le chiffre interroge. 2% ! Ah ! Le chercheur que je suis pourrait expliquer qu’en deçà des 5% ce n’est pas représentatif. Certes. Mais, tout de même : 2%. 2%... c’est déjà trop !

Et puis, avouons-le. Une question peut tarauder les esprits taquins. Comment cela se fait-il que personne n’ait dénoncé ces fraudes ? Médiapart y répond par l’atmosphère terrible qui règne au sein de l’IHU marseillais. Cela est sans doute une partie de la réponse mais le tableau n’est pas complet. Il est très difficile pour un chercheur de dénoncer une falsification de résultats au sein de son institut et encore plus de son équipe. Outre le fait qu’il faudrait qu’il le prouve, il devra convaincre des personnes qui ont confiance à la personne mise en cause. Comme son chef de laboratoire ou de service. Il faudrait donc convaincre ces personnes-là qu’elles font mal leur travail en n’étant pas assez attentives sur la production scientifique de leurs collaborateurs. Pas facile, n’est-ce pas ? Pas facile et dangereux pour la carrière. Pour reprendre un concept du philosophe Éric Sadin, les chercheurs aussi sont soumis à un isolement collectif. Le nez dans le guidon on se préoccupe peu des autres, de leurs recherches, de leurs projets. On a peur pour les nôtres et donc pour notre place, notre carrière. Cet isolement collectif tue la science ! Car s’il est nécessaire de dénoncer les falsifications déjà publiées, il serait plus utile de le faire avant soumission d’un papier.

Ah ! Le papier ! Alpha et Oméga de la vie d’un chercheur !

Ah ! Le papier ! Que de temps de matière grise et d’argent investi. Temps et argent perdu, jeter aux ordures de la science en cas de fraude. Parlons d’argent ! Un fraudeur fiscal qui se fait choper par un contrôleur du fisc paiera une amende. Un fraudeur qui ne paie pas son titre de transport et qui se fait contrôler, paiera une amende ! Et le chercheur ? La science est-elle à ce point en dehors de la société que le fraudeur scientifique ne paiera rien ?  Pourtant, l’employeur d’un chercheur public est le citoyen ordinaire qui finance une part de la recherche par ses impôts. Ne devrait-il alors pas demander des comptes au chercheur-fraudeur ?


Paul-Emmanuel Vanderriele

Pour aider: https://utip.io/lascienceteparle

mercredi 1 septembre 2021

Analyse et debunkage des propos du Professeur Raoult chez Hanouna (30/08/2021)

 

Le 30 août 2021, le Professeur Raoult était l’invité d’une chaîne de télévision française, C8, dans une populaire émission. Comme à son habitude il a fait des déclarations étonnantes pour un chercheur. Et, puisqu’elles m’ont surprises je souhaite ici rapidement les analyser. Au moins certaines.

« On a publié, bien sûr, plus de papiers que tous les français. On est à 112 publications internationales sur la Covid ».

Vérifiant ses dires, j’ai constaté que, selon les filtres utilisés pour une recherche Pubmed, on observe que le Professeur Raoult a co-signé entre 104 et 115 papiers (de tout type) sur la Covid-19. Son chiffre de 112 semble donc exact. Ce qui est surprenant ici est la quantité astronomique de papiers publiés. Astronomique ! N’ayons pas peur des mots.

En effet, pour publier un Original Research Paper, il est impératif de designer une étude, de faire ladite étude, de l’analyser statistiquement, de faire vérifier ses statistiques, d’écrire le papier, de l’envoyer, de passer par l’étape de révision par les pairs (le fameux peer-reviewing) avant la publication. Sans oublier que, lorsque l’on travaille avec des humains ou des animaux, une commission doit, au préalable, analyser et valider le design de notre étude.

Pour publier une Review, le chercheur devra poser un thème, chercher tous les papiers qui traitent de ce thème, les classer, les analyser, les mettre en corrélation pour en sortir des hypothèses viables qu’il pourra proposer à la communauté scientifique. Le processus de publication est identique, et donc aussi strict, que pour un Original Research Paper. Les pairs interviennent donc ici aussi.

Pour publier une Méta-Analyse, il faut définir une problématique en posant une hypothèse à laquelle on veut répondre (e.g : l’hydroxychloroquine, seule ou en association avec l’azythromicine, permet-elle de diminuer la durée d’hospitalisation des patients ayant contractés la Covid-19 ?), cherchant tous les articles traitant, de près ou de loin, de cette problématique, les analyser, les sélectionner (en expliquant dans le corps du texte cette sélection), les mettre en corrélation pour répondre à l’hypothèse. Là aussi, le processus de publication est identique aux autres types de papiers.

Ainsi, le fait que les équipes du Professeur Raoult aient pu être en capacité de faire en 16 mois (en comptant à partir de février 2020) 112 fois ce processus, interroge le scientifique que je suis. Mais il devrait également interroger le public. La rapidité avec laquelle les équipes de l’IHU marseillais publient (sur le seul sujet de la Covid-19, 7 papiers par mois) est la preuve que la recherche a failli. Ce binge-publishing, généralisé à l’échelle de la planète, a conduit à une surproduction, à une négligence du reviewing dont la durée a été drastiquement diminuée, à un contournement des diverses méthodologies scientifiques (oubli de groupe contrôles, mauvais modèles d’études, etc), à une surmultiplication d’articles d’opinion (référencés souvent comme des Original Articles). La recherche a failli et le public a sombré avec elle ! La qualité n’a pas été au rendez-vous !

 

« On a été les premiers au monde à trouver des variants parce que je fais de la génétique microbienne depuis 21 ans »

Cette affirmation est fausse. Et…Raoult l’avoue dans ses publications.

En effet, dans leur papier nommé : Emergence and outcomes of the SARS-CoV-2 ‘Marseille-4’ variant, publié le 23 mars 2021, ils évoquent deux épisodes majeurs. La première phase épidémique aurait, selon les auteurs de l’articles, débutée en février 2020 pour se terminer en mai 2020. La seconde phase épidémique serait brutalement survenue au mois de juin. Les auteurs indiquent qu’au vu de la courbe épidémique atypique ils ont fait l’hypothèse que cette phase serait le résultat de variants du SARS-Cov2. Une dizaine pour être précis. Ainsi, si l’on en croit cet article, les équipes de l’IHU marseillais n’ont fait l’hypothèse de variants qu’en juin 2020. Qui plus est, les articles publiés par ces équipes et mis dans la bibliographie de celui-ci, datent de…2021. Or, avant même juin 2020, des chercheurs avaient déjà décrit des mutations du SARS-COV2. Une équipe italienne notamment qui, le 22 avril 2020, publie cet article : Emerging SARS-COV2 mutation hotspots include novel RNA-dependent-RNA polymerase variant dans lequel il est clairement montré que le SARS-Cov2 mute.

 

"Il est vraisemblable, nous on a des données préliminaires qui montrent qu'il y avait du covid-19 au 19ème siècle"

Voilà sans doute l’affirmation la plus étrange de ces 22 minutes d’interview.

Puisqu’il s’agit de données préliminaires nous ne pouvons pas y avoir accès. Toutefois, il est possible et probable que le Professeur Raoult parle du virus OC43. En effet, depuis quelques temps, ce coronavirus qui est aujourd’hui bénin pour l’humain, est pensé comme étant à l’origine de la pandémie de grippe russe qui ravagea le monde entre 1889 et 1894. Il ne s’agit toutefois, et malgré quelques éléments cliniques et phylogénétiques, toujours que d’une hypothèse à ce stade.

A moins que le Professeur Raoult estime que l’on nomme cette pathologie Covid-19, pour XIXe siècle. Mais cela est fort peu possible.

 

Paul-Emmanuel Vanderriele




mardi 10 août 2021

Entretien avec le Dr en biologie Alexander Samuel sur la vaccination et le pass sanitaire

 Dans ce premier entretien pour le blog j’interroge le docteur en biologie moléculaire Alexander Samuel que j’ai reçu pour la chaîne il y a quelques temps. L’objectif principal est d’interroger Alexander sur la vaccination anti sars-cov2 et le pass sanitaire. Le débat sera tant scientifique que politique. Tout comme l’a été notre entretien vidéo (à voir ici: https://www.youtube.com/watch?v=-NAyxdPOTkI&t=4408s.)

Le docteur Alexander Samuel, que j’ai connu grâce au premier entretien qu’il a accordé à Vincent Lapierre est, pour moi, la bonne surprise de cette crise sanitaire. Engagé dans le mouvement des gilets jaunes, ce biologiste de formation, actuellement professeur de mathématiques, n’a pas hésité à montrer les errements idéologiques de la plupart des militants gilets jaunes sur la crise sanitaire. Il a verbalement affronté certaines figures de proue du mouvement antivax comme Louis Fouché. Ses prises de positions tranchées lui ont valu de se faire des adversaires. Ce sera d’ailleurs la première question.

1/ L’IHU Méditerranée, dirigé par le dorénavant célèbre Professeur Didier Raoult a déposé une plainte contre toi il y a plusieurs mois. Peux-tu nous dire quel est l’objet de la plainte et où cela en est ? Pour les frais d’avocat, il y a-t-il une cagnotte pour t’aider financièrement ?

Il est très facile de déposer une plainte, il suffit de se rendre à un commissariat. Je préfère le faire sans intimider, menacer ou annoncer publiquement mes démarches judiciaires. Ce qui est certain c’est qu’ils ne sont pas les premiers à attaquer en justice, mais ils sont les premiers à s’en vanter. Le document qu’ils ont rendu public concerne une plainte contre Leonid Schneider et contre moi. Les propos visés sont ceux de Leonid Schneider. Je me suis permis de traduire de nombreux articles de son blog, surtout ceux concernant la France en général. Dans la plainte, ils semblent justifier l’attaque contre moi par le fait que je n’aurais pas modifié le titre mais que je l’aurais traduit tel quel, ce qui démontrerait que je m’associe à ces propos que j’ai traduits. Très étrange argumentaire. En tous cas je n’ai pas eu de nouvelles de cette plainte pour l’instant. Mais cela relève clairement de l’intimidation à mon sens. Je ne souhaite pas demander d’argent, lancer de cagnotte etc… tant que je ne suis pas dans le besoin : tout va bien pour moi, je n’ai pas de gros besoins financiers et même si j’ai quelques frais je m’en sors bien mieux pour l’instant que des personnes sans domicile fixe, des migrants etc… Je vous incite à aider ceux qui sont en grande difficulté plutôt que moi !

2/ Je l’ai noté en préambule, tu t’opposes à un avis partagé par nombre de gilets jaunes, à savoir que le vaccin serait dangereux. Comment fais-tu, lors des diverses manifestations et rencontres, pour échanger avec les plus réticents aux données scientifiques ? Quels arguments emploies-tu ? Et surtout, est-ce que tes arguments permettent de les convaincre ?

Les profils sont divers chez les gilets jaunes, et chez les opposants politiques en général. Cependant, du fait d’antécédents très zélés dans le domaine du maintien de l’ordre sous l’actuel gouvernement, le tout associé à des communications mensongères comme ce fut le cas pour l’affaire Benalla (montages vidéos provenant de l’Elysée), l’affaire Dettinger (accusation mensongère sur les gants soi-disant renforcés de métal), l’affaire Legay (Emmanuel Macron intervenant pour dire qu’elle n’avait pas été touchée par un policier, puis le procureur de Nice indiquant avoir menti pour « couvrir Macron ») ou encore l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (où les personnels ont témoigné pour contester la version très diffusée initialement, selon laquelle les manifestants auraient attaqué l’hôpital alors qu’en réalité ils avaient été poussés à l’intérieur), une forte défiance s’est installée dans les milieux militants quels qu’ils soient. Le choix de créer un « conseil scientifique » et de centraliser les décisions de crise sur l’Elysée a provoqué une énorme défiance envers ce conseil. Mais désormais, le transfert est total : le conseil scientifique est Macron, et certains sont prêts à combattre tout ce que le président dira, y compris lorsqu’il dit un simple fait. Je me fais donc souvent taxer de macroniste, un comble quand on connaît mon engagement. J’essaie de rester aussi patient que possible, d’expliquer cette distinction entre le politique et les faits. Je cherche avant tout à ce que les faits ne soient pas niés, les choix politiques pouvant ensuite être discutés sur la base de faits et d’une réalité commune. C’est parfois très difficile, même la confiance envers les agences de santé est mise à rude épreuve avec les scandales comme celui du Médiator. Heureusement, Irène Frachon, la lanceuse d’alerte à ce sujet, a pris courageusement position en faveur de la vaccination. Il y a donc deux façons de convaincre : la confiance, le fait que je sois indépendant et que j’aie vécu une forte répression moi-même avec mes trois gardes à vues… et les faits en eux-mêmes, mais qui sont parfois détournés ou mal interprétés à cause de manipulateurs et désinformateurs souvent avec un statut supérieur au mien (Christian Perronne, Didier Raoult ou encore Alexandra Henrion-Caude). J’ai créé de nombreux contenus sur les réseaux sociaux ou sur mon blog pour expliquer tel ou tel aspect, et j’en recense d’autres produits par d’excellents intervenants : Thibault Fiolet, Debunk the Funk, Nathan Peiffer-Smadja, Lionel Case, Ari Kouts, et tant d’autres que j’oublie de citer. Je me sers de leurs explications que je partage. Cela ne marche pas à tous les coups !

Que ce soit par la confiance qu’on place en moi, ou par les contenus que je partage, je n’arrive évidemment pas à « convaincre » tout le monde. Mais l’objectif n’est pas tant de convaincre, je souhaite avant tout que les personnes soient protégées, et je préfère quand elles font le choix de se protéger elles-mêmes, en ayant compris les données. Donc c’est déjà une victoire si au moins une désinformation est contrée, si une donnée est comprise… J’ai eu de nombreux retours de personnes me disant « je me suis fait vacciner grâce à toi », mais impossible de quantifier l’efficacité de mon action précisément.

3/ En parlant de débat, je sais que tu as proposé un débat filmé à Fouché et que ce dernier a refusé. Pourquoi ? A qui d’autre as-tu proposé le débat ?

Pour Louis Fouché, je pensais qu’il était sincère et juste perdu au début, quand j’ai vu ses premières vidéos. J’ai rapidement eu son numéro de téléphone, l’ai appelé et souhaitais discuter en privé avec lui. Il souhaitait alors un débat public. J’ai accepté. Mais il s’est mis à le fuir, ce débat public. J’ai donc insisté mais il n’a jamais accepté. Je ne cherche pas nécessairement le débat, mais j’accepte de discuter en prive ou en public avec quiconque le souhaite. Il y a une volonté populaire de « débat ». J’ai peur que cela ressemble un peu trop à un match de sport pour beaucoup, avec des fans, un camp prédéfini etc. C’est dommage. Mais je le remarque aux commentaires haineux que je reçois de la part des supporters de Denis Agret ou Christian Perronne lorsque j’ai débattu avec eux. Pourtant, tous deux n’ont tenu que des affirmations fausses que je me suis contenté de corriger. Je pense que ce type de débats permet aussi de bloquer un peu la désinformation, de montrer aux « fans » que la personne qu’ils soutiennent leur ment ou les manipule, en confrontant les paradoxes dans son discours. Mais ce n’est pas toujours chose aisée. Alexandra Henrion-Caude semble bien vouloir discuter avec moi, j’ai souhaité l’interpeller alors qu’elle désinformait les Niçois lors d’une manifestation contre le pass sanitaire. Elle a été très sympathique et a souhaité que je m’exprime, mais son public ne m’a pas laissé parler.

4/ Une question à laquelle tu n’auras peut-être pas la réponse. Voilà que le comportement de Louis Fouché en intrigue plus d’uns. Après des mois de débats vidéo, d’organisation de manifestations, de la co-création de Reinfo Covid, il souhaite prendre du recul, se mettre en retrait. Pourquoi cela à ton avis ? Quelles sont tes hypothèses ?

Je n’ai aucune idée de ce qui se passe dans la tête de Louis Fouché. J’espère qu’il disparaîtra aussi rapidement qu’il est apparu, car il représente un danger de dérive sectaire conséquent à mon sens. Il continue à s’exprimer, comme récemment dans radio courtoisie. Et semble de plus en plus radical. Sa mise en retrait n’est pas si effective en réalité, car des personnes liées à reinfocovid continuent à s’exprimer très ouvertement, comme récemment sur BFM.

5/ Nous venons de discuter de Louis Fouché mais il y a deux autres figures incontournables dans cette crise. Figures qui aujourd’hui, médiatiquement à tout le moins, sont indissociables du mouvement contre le pass sanitaire : Philippot et Di Vizio. Dans un entretien pour la chaîne youtube Juste Milieu, Philippot dit être à la base de ce mouvement de protestation. Et dans une interview pour Livre Noir, c’est di Vizio qui indique l’être. Toi qui connais ce mouvement, l’un des deux est-il à l’origine de cette protestation ? Ou aucun des deux ? Quelle est la nature de ce mouvement ?

Le mouvement contre le pass sanitaire a été initié par Emmanuel Macron à mon sens. Tout simplement par son annonce. Car spontanément, beaucoup de personnes s’y opposent. Cette opposition a des motivations très diverses, il n’y en a pas qu’une. Certains, comme moi, critiquent la méthode et estiment qu’elle risque en réalité d’engendrer une plus forte défiance vaccinale.

Florian Philippot est sans conteste à l’origine d’un mouvement dont l’une des caractéristiques est la banalisation de crimes contre l’humanité et l’exagération flirtant avec des théories Qanon. Lui-même s’en défend, mais rien, absolument rien, dans son discours, ne s’oppose à de telles théories. Il n’a fait que promouvoir de la fraude scientifique et des faux traitements tout au long de la pandémie. Ses objectifs sont politiques.

Fabrice Di Vizio, à mon sens, dispose d’une grande aubaine financière et a tout intérêt à se mettre en avant comme « initiateur » du mouvement dans le but d’avoir un grand nombre d’adhérents, et donc directement ou indirectement des recettes pour son cabinet d’avocat. Il tenait un discours rationnel et cohérent en début de pandémie, il me paraît évident qu’il joue un rôle lui permettant de faire des affaires aujourd’hui.

6/ Je te sais être, et tu l’as prouvé à de nombreuses reprises, favorable à la vaccination mais non favorable au pass sanitaire que, selon tes termes, tu juges être une « décision autoritaire ». Dans un article récent sur ce blog, j’indique que pour moi ce pass sanitaire est un échec. Un échec à trois niveaux. Echec de pédagogie de la part des vulgarisateurs des sciences (et je nous inclus tous deux dans le lot), échec démocratique puisque je considère la vaccination être un acte citoyen et échec des catholiques puisque les désinformateurs principaux (Henrion-Caude, Lalanne, Richard Boutry, Di Vizio, etc) se déclarent catholiques. Et donc, un mal nécessaire dans l’actuelle situation. Partages tu cet avis ? Si oui, qu’aurions nous pu (nous autres vulgarisateurs) faire de mieux pour promouvoir le vaccin ? (lien de mon billet de blog : https://lascienceteparle.blogspot.com/2021/07/mon-avis-sur-le-pass-sanitaire.html)

Nous faisons tous ce constat d’échec, et je le partage tout à fait. Mais je vais plus loin : au-delà de l’échec, je doute même de l’efficacité de la mesure à un temps plus intermédiaire ou long. Je peux tout à fait me tromper car il s’agit de spéculation ici, mais je m’inquiète d’un renforcement de la défiance et d’une radicalisation de personnes plutôt opposées à l’idée d’être vaccinées. Cela ressemble pour moi au choix d’accélérer la vaccination des uns, qui étaient déjà plutôt favorables mais incertains, au détriment de la vaccination des autres, les plus défiants.

Ce qui aurait pu être fait à mon sens, est une plus grande implication, plus large et plus visible, de personnels soignants, de « médecins de terrain ». Pourquoi en a-t-on vu seulement dans les vidéos youtube et facebook antivax ? Pourquoi si peu de visibilité pour les médecins de terrain des divers centres de vaccination ?

Une autre erreur est celle de n’avoir pas suffisamment pointé les manquements des autorités sanitaires et du gouvernement : beaucoup ont été associés au gouvernement car on leur reproche de ne s’en prendre qu’à Raoult et Perronne, et jamais au conseil scientifique. Mais à ma décharge, j’ai beau le faire, même récemment, et critiquer le gouvernement, ce n’est même pas relevé par l’auditoire qui n’écoute plus.

Je pense que nous héritons d’une situation ancienne, la suppression des moyens de la miviludes a été un coup dur, mais on peut aussi citer toutes les revues ésotériques et absurdes vendues partout en librairie, tous les charlatans anciens déjà présents sur le marché et trop peu combattus depuis des années. Il faudra poursuivre les actions après la pandémie pour prévenir qu’une telle situation ne se reproduise.

Un point d’amélioration serait sans doute de se former davantage à la communication sur réseaux sociaux, beaucoup ont fait comme ils ont pu sur le tas, mais intégrer dans le cursus de formation des professions médicales quelques cours comme ceux de l’Université du Minnesota serait une pratique intéressante : https://z.umn.edu/COVIDmediaCurriculum.

7/ Si François Fillon avait été élu en 2017, il est certain que, pour obliger les françaises et les français à se faire vacciner, il aurait eu recours à une forme de pass-sanitaire. Un certain degré d’autoritarisme est dans les gènes de la droite. Comment expliques-tu que la droite dites républicaine si oppose si farouchement alors qu’elle n’aurait pas agi autrement ?

Je n’ai pas autant de certitudes que toi sur cela : la droite est aussi très « libérale » économiquement, et peut-être que cette notion de « liberté » que l’on entend criée à tue-tête dans les manifestations, qui en oublie le sens souvent (« la liberté » et non « ma liberté individuelle ») relève d’un individualisme propre à certains courants de droite.

Mais au-delà des considérations politiques, je pense que les élus républicains se sont distingués à titre individuel dans cette pandémie par leur comportement extrêmement problématique. Je repense à toutes les personnalités ayant fait la promotion de l’hydroxychloroquine : Nicolas Sarkozy, Philippe Douste-Blazy, Christian Estrosi, Renaud Muselier, Alain Houpert… C’est souvent sur le lit de ce groupe que le mouvement contre le pass sanitaire s’est formé, et c’est d’ailleurs ce que je trouve inquiétant, je n’avais pas le souvenir d’une droite républicaine aussi ouverte aux dérives, je ne souhaite pas qu’on arrive à une situation d’un Trump à la française, ayant une porte ouverte aux Qanon les plus étranges. L’argument souvent avancé est de dire que « le vaccin ne doit pas exister car on a des traitements efficaces, on a empêché de soigner avec des traitements efficaces pour forcer à utiliser le vaccin ». Et ce discours est alimenté par le positionnement de nombreux élus républicains…

8/ Je souhaite poursuivre sur la droite et, particulièrement d’Henrion-Caude. Pour la vaccination à laquelle elle s’oppose, elle est sur l’idée de « mon corps, mon choix ». Pourtant, sur le thème de l’IVG elle s’oppose à cet argument. Or, l’IVG n’implique nullement une contamination de l’autre par un virus. Je ne sais pas si tu avais observé ce genre de paradoxe. Comment l’expliques-tu ? Penses-tu que, dès lors, elle ne s’opposera plus à l’IVG ?

Ce positionnement me rappelle beaucoup celui de l’AAPS aux Etats-Unis, qui s’est lié au tea party de Donald Trump. En effet, il s’agit de positionnements idéologiques utilisant une posture scientifique ou un statut de scientifique pour énoncer des choses parfois fausses, parfois ambigües, mais servant toujours un objectif politique. Et cela amène invariablement à ce type de paradoxes, puisque ce qui prime est un positionnement politique.

C’est très dommageable quand la spiritualité et la croyance prennent le pas sur le réel. En effet, cela amène à des pertes de chances pour les patients qui préfèrent prendre une voie thérapeutique moins efficace, voire aucune voie thérapeutique, que celle qui est, en l’état des connaissances actuelles, la meilleure. Parfois, il arrive que ce choix s’avère tout de même meilleur, contre toute attente, mais c’est l’exception plutôt que la règle.

Il serait intéressant de poser la question à Alexandra Henrion-Caude en personne…

9/ Ma dernière question porte sur l’ouverture des brevets. Peux-tu développer l’idée ? Merci

Je suis évidemment très opposé au cadre même dans lequel nous fonctionnons actuellement, dont je pointe les travers, et préfèrerais d’autres modes de fonctionnement. Mais je dois raisonner dans la logique du cadre actuel.

Produire un médicament ou un vaccin est un investissement financier conséquent, notamment du fait des démarches administratives et des exigences de sécurité les concernant. Ainsi, après un tel investissement, le brevet permet à l’entreprise de rentabiliser tout cet investissement, et donc de rembourser tous les frais inhérents à la production d’un médicament ou d’un vaccin.

Cependant, dans un contexte de pandémie, il me semble qu’il aurait été possible et judicieux de proposer une levée de ces brevets tout en remboursant les frais réels de développement à l’entreprise par exemple, sans lui laisser négocier des tarifs et chercher à faire du profit, comme nous le voyons actuellement avec l’opacité de certains contrats et l’augmentation des prix de vente du vaccin…

 

Questions : Paul-Emmanuel Vanderriele

Réponses : Alexander Samuel


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jeudi 5 août 2021

Désintérêt pour les sciences et paresse intellectuelle: comment lutter contre?

Nous vivons une drôle d’époque. Assez paradoxale ! N’ayons pas peur des mots : paradoxale !

D’un côté, et notamment grâce à internet, la connaissance n’a jamais autant été diffusée. Il est presque possible de tout savoir en naviguant sur cette toile mondiale. Grace à internet aussi, la discussion entre le monde de la recherche et le monde du profane scientifique est ouverte et quotidienne.

La diffusion de la connaissance et de la culture est également rendue possible par le très faible prix des livres. Pour 6 ou 7 €, c’est-à-dire pour moins qu’une heure de travail en France, un ouvrier peut lire du Kahn, du Klein, du Khun ou du Bachelard.

D’un côté, la connaissance s’offre donc à tous les cerveaux tendus.

Mais de l’autre, les incultures et l’incompréhension générale grandissent. L’inculture scientifique, historique, sociale, religieuse, philosophique, technique a atteint un niveau record pour un siècle comme le nôtre. Si, à la fin du siècle précédent et au début du siècle dernier, à en croire la littérature et les témoignages, les plus jeunes connaissaient, par exemple, les rudiments de la biologie animale et végétale, les saisons, les dates de plantations, il n’en est rien aujourd’hui. Plusieurs facteurs sont sans doute en cause. Mais le désintérêt et un certain degré de paresse conduisent à cet état de fait.

Le désintérêt et la paresse intellectuelle ! Voilà, je crois, deux notions importantes pour comprendre la situation actuelle. Le désintérêt implique un refus, à tout le moins, une absence de volonté de chercher, de prendre le temps de devenir un expert sur un sujet. Le temps ! Nous ne l’avons plus ! Jamais ! Ni pour manger correctement, ni pour s’informer correctement, ni pour comprendre correctement. La paresse intellectuelle, quant à elle, est une monstrueuse alliée du désintérêt. Elle nous pousse à avaler et digérer tout raisonnement faux, toute information mensongère. Raisonnement faux et information mensongère qui seront recrachés sans précaution aucune sur les réseaux sociaux ! En boucle cela tournera !

Le désintérêt et la paresse intellectuelle ! La recherche, ses raisonnements, ses questionnements, ses doutes s’écrasent contre ce bloc solide qui rend imperméable la pensée d’une part non négligeable du public aux interrogations et aux réponses de la science.  

Le désintérêt et la paresse intellectuelle ! Comment les combattre, comment les rendre faillibles lorsque les grands médias en font montre ? Dans Le Goût du Vrai, le physicien et philosophe Etienne Klein note que « le 5 avril dernier [2020], alors qu’aucune étude thérapeutique n’avait encore eu le temps d’aboutir, Le Parisien publiait les résultats d’un sondage abracadabrantesque. A la question : « D’après vous, tel médicament est-il efficace contre le coronavirus ? », 59% des personnes interrogées répondaient oui, 20% non. Seuls 21% des sondés déclaraient qu’ils ne savaient pas. L’immense majorité (80%) affirmait donc savoir ce que personne ne savait encore… ». Il est possible, comme le fait l’auteur de s’interroger sur nos systèmes de croyance. C’est important et nécessaire. Mais je souhaite que nous nous interrogions aussi sur la facilité qui est l’absence de réflexion et que je nomme ici paresse intellectuelle. Cette dernière conduit le Figaro à pondre, plus d’un an après le Parisien, un sondage similaire sur Twitter. Sans prendre le temps de réfléchir, une part significative des internautes vont répondre. Deux choix (ici on supprime même le « aucun avis »). C’est simple. Simple et générateur d’interactions ! Il n’en faut pas plus pour nourrir des algorithmes.

De notre côté, celui des- pour parler généralement- vulgarisateurs scientifiques, nous devons donc, non pas seulement s’interroger sur la diffusion des données, des raisonnements et des réponses de la recherche, mais sur comment vaincre le désintérêt et la paresse intellectuelle d’une part de nos concitoyens. En parlant à un public averti, et c’est le cercle infernal dans lequel nous enferme les réseaux sociaux, nous pensons parler à un large public. Il est en réalité très restreint. Notre voix porte donc infiniment moins que celle des adversaires de la science. D’autant que leurs messages sont simples à comprendre.

Collectivement, nous devons nous interroger, débattre sur ce point.


Paul-Emmanuel Vanderriele 

Pour aider: https://fr.tipeee.com/science-world





mercredi 28 juillet 2021

Mon avis sur le pass sanitaire

 Youtube a supprimé la vidéo dans laquelle je lisais ce texte! 

Nous avons, et sommes toujours, mis en échec.

L’échec ! L’échec n’est pas le thème de cette vidéo, de ce texte. Mais il est le meilleur mot pour décrire mon sentiment.

Je dois d’abord vous prévenir. Ce texte est dégueulasse. Politique, il n’a rien à faire sur cette chaîne. Mais c’est vous, en tous les cas un certains nombres d’entre vous, qui me l’avez demandé. Soyez responsables de votre demande. Pour les autres, celles et ceux qui ne m’ont rien demandé du tout, je suis désolé : vous allez souffrir pour les autres !

Souffrir pour d’autres ! Quel étrange sentiment ! C’est, et il faut bien le comprendre, celui qu’a les françaises et les français qui manifestent contre le pass sanitaire !

Souffrir pour d’autres ! Aimeriez-vous, vous autres convaincus de l’utilité vaccinale souffrir pour d’autres ? Comprenons-donc les ces gens, ces antivax, ces anti-pass- j’amalgame et tant pis- qui pensent souffrir pour rien ! Pour un vaccin sans effet ! Pour un vaccin qui, de leur point de vue, n’est qu’une thérapie génique. Une thérapie génique. Ils ne sont pourtant pas malades. Une thérapie ! Une thérapie ? N’est-ce pas pour soigner ? Soigner un individu sain. Mais que c’est étrange. Pourquoi donc un gouvernement, que dis-je des gouvernements réunis dans ces affreuses institutions du nouvel ordre mondial dirigée, au mieux par la juiverie internationale, au pire par des illuminatis sans doute reptiliens, voudraient génétiquement traiter des individus sains si ce n’est pour les rendre plus dociles aux ordres ? Gustave Le Bon nous avait prévenu. Georges Orwell aussi. Pourquoi donc ne les avons-nous pas écoutés ? Leur message était pourtant clair.

Oui, je caricature quelque peu leur discours. Mais je n’ai nullement créé ici un homme de paille. Thérapie génique, nouvel ordre mondial le plus souvent couplé au terme agenda, juiverie internationale, voire même Liste de Shindler, sont leurs mots. Pas les miens. Et encore, je devrai ajouter Hygiénistes, dictature sanitaire, voire dictature tout court, ségrégation, apartheid, ou citoyenneté à deux vitesses. Et encore, je n’ai pas repris ici les saintes paroles de maître di Vizio sur la vaccination (à prononcer en anglais puisqu’il le fait rimer avec start-up nation et innovation) : « la vaccination n’est que l’arbre qui cache la forêt de ce monde augmenté, de ce monde de transhumanisme. Oh, bien sûr il est ça ou là des médecins pour ne pas le voir et nous dire que tout cela n’est qu’injection ». Le mot est aussi à prononcer en anglais. Et encore… Et encore, je ne vous ai par parlé du bourgeoisisme intégral, de ce bourgeois mental qui, imbécile qu’il est, voit des complotistes partout, un « planqué qui préfèrera toujours avoir tort avec Véran que raison avec Philippot ». Et encore… Et encore, je pourrai ne jamais terminer.

Alors oui, si j’étais comme eux, si j’observais le problème sous cet angle déformant j’aurais sans doute peur. Nous devons les comprendre !

Les comprendre ! C’est le conseil de certains ! Ce que je conseille aujourd’hui, c’est de nous comprendre nous. De comprendre nos erreurs, nos échecs !

Nos échecs ! Le mot est lancé. Oui, nous avons failli. Nous autres scientifiques, nous autres chercheurs, nous autres vulgarisateurs. Nous avons failli.

Nous avons failli à rassurer nos concitoyens sur les vaccins. Dans cette guerre de l’information, les désinformateurs ont su se réunir, discuter entre eux, faire des centaines de vidéos communes. Ils ne sont qu’une quinzaine, qu’une vingtaine. Mais ont, grâce à leur union, une force de frappe sans pareille. Richard Boutry a réussi le tour de passe incroyable, disons-le, incroyable de tous les réunir sans sa Une TV. De notre côté il n’y a eu que des tentatives timides de rassemblement : kesacovid grâce à l’exceptionnelle Tania Louis et les consultations du talentueux Primum non nocere. Mais là ou Boutry réunit 20 personnes, Primum en invite 3 ou 4. Sans unité il n’est point de victoire possible. Les réseaux sociaux leur appartiennent donc !

Nos échecs ! Le mot est lancé ! Oui, nous avons failli. Nous autres croyants, nous autres catholiques. Nous avons failli.

Nous avons failli à rappeler ce qu’est la chrétienté. Comment pouvons-nous admettre que des femmes et des hommes se disant croyant, comme Henrion-Caude, comme Boutry, Comme Lalanne, comme Di Vizio soient les portes drapeaux de ce mouvement anti-vaccin et anti-pass sanitaire ? Comment pouvons-nous admettre, alors que la papauté et que, chez nous en France, la Conférence des évêques de France, invitent le public à se faire vacciner et à accepter le pass-sanitaire, leur discours soient inaudibles face au brouhaha de ces gueulards catholiques ? Nous avons failli à rappeler le principe de charité qui veut que le plus pauvre doit être secouru, que le plus vulnérable doit être protégé. Or, et les statistiques le montrent, les plus pauvres, les plus vulnérables paient le prix le plus fort de cette pandémie. Les voilà qu’ils meurent en masse ! Comment pouvons-nous laisser des catholiques cracher au visage de ces pauvres erres au moment où nous devrions leur tendre la main ? Nous avons failli à rappeler le principe de communion humaine si bien décrit par le théologien Teilhard de Chardin et résumé en cette phrase par Sainte Mère Thérésa : « Quand je les soigne eux, je le soigne Lui ». En pansant les plaies d’un homme, on panse l’humanité. Ont-ils oublié tous ces catholiques intéressés que par leur propre reflet, leur propre pouvoir, qu’en rependant des mensonges sur les vaccins ils blessent le Christ et donc l’humanité ? Ont-ils pensé qu’en invitant le public à ne pas se vacciner c’est le Christ et donc l’humanité qu’ils assassinent ? Nous avons failli à rappeler que le catholicisme n’est pas, n’est plus l’ennemi de la science depuis longtemps. Il est toujours des brebis égarées qui ne sont plus que les carricatures que l’on fait d’elles.

Nos échecs ! Le mot est lancé ! Oui, nous avons failli. Nous autres démocrates. Nous autres qui avons foi à la souveraineté populaire. Nous avons failli.

Nous avons failli à rappeler ce qu’est une dictature. Nous avons failli en laissant des manifestants porter l’étoile jaune. Nous avons failli en oubliant les leçons de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature et auteur, entre autre, de La Fin de l’Homme Rouge. La dictature se concentre sur l’idée, sur la parole et non sur le levé de coude en terrasse. Nous avons failli en oubliant de rappeler l’exigence démocratique. La responsabilité de chacun. La démocratie n’est pas pour soi, pour l’individu égoïste qui ne voit la liberté que sous l’angle de son plaisir primaire. Nous avons laissé croire à l’individu roi pour qui aucune contrainte ne doit exister, pour qui aucune responsabilité ne peut être. Pourquoi me fatiguerai-je à sortir mon portable ou un papier avant de m’asseoir en terrasse ? Notre civilisation n’est pas fondée sur l’inexistence de l’autre mais sur l’implication de tous à en soutenir un. Le plus faible ! Et le plus faible est aujourd’hui, le Grand Oublié !

Le pass sanitaire, qui sera une contrainte dans la liberté de travail des commerçants- je n’oublie pas être fils de cafetiers-restaurateurs- est donc, à mes yeux, un mal nécessaire nés de divers échecs. Oui, si nous avions été plus pédagogues, plus combatifs, plus unis, nous n’en serions pas là. C’est bien sûr aussi, à un degrés certain, l’échec du gouvernement. Mais celui-ci n’est pas le mien. Et avant de regarder la paille dans l’œil du voisin, je regarde la poutre dans le mien. En un mot mes propres faillites, mes propres échecs, mes propres responsabilités.

Mes responsabilités ! Elles sont aujourd’hui de rappeler que les vaccins autorisés sur notre territoire présentent une balance bénéfice/risques très largement, très significativement, en faveur des bénéfices. Se faire vacciner est un acte citoyen. Et, par exigence démocratique, la vaccination est in fine, un acte d’amour pour soi, pour l’autre, pour tous !


Paul-Emmanuel Vanderriele

mardi 27 juillet 2021

Je suis fatigué!

 

Je suis fatigué. C’est dit. Je suis fatigué!

Il y a quelques jours, le président de notre république a étendu le Pass Sanitaire. Depuis les réactions fusent. Tant sur le pass que sur les vaccins. Que n’ai-je pas vu sur les réseaux sociaux ! Que n’ai-je pas lu ! On dit que les réseaux sociaux sont les bistrots modernes. L’alcool en moins. Je peux aujourd’hui assurer que non. Le fils de cafetier-restaurateur que je suis vous le dit : les gens étaient infiniment moins cruels dans les bistrots. Bien sûr, nous entendions beaucoup d’âneries, des critiques permanentes, des raisonnements faux. Dans ces cafés du commerce le monde était fait, défait, refait avec gouailles ou veulerie. Mais jamais avec cruauté. Jamais avec cette cruauté mêlée de crasse inculture faisant dire à certains, à beaucoup, à beaucoup trop que les individus ne voulant pas se faire vacciner sont comme les juifs d’alors, ou le vaccin à ARN ou non d’ailleurs, tant tout est confondu, est le nouveau Zyklon B. On porte l’étoile jaune comme signe de résistance. Cette étoile jaune qui, il n’y a pas si longtemps, signifiait une mort presque certaine.

Et de résistance à quoi d’ailleurs ? A des lois iniques ? A la mise en place d’une dictature fasciste ou communiste ? Non. A la science.

A la science oui. Car c’est bien contre la science que se lève ces résistants en pyjama. Dans le confort et la sécurité de leurs demeures, assis sur leur canapé acheté à bas coût à Conforama grâce aux petites mains travailleuses asiatiques ou polonaises, devant une télé qui hurle et un smartphone qui crache d’insipide discours, ils beuglent leur méconnaissance de la science. Nous n’avons pas assez de recul ! Un peu plus malheureux et tu tomberas de la falaise. Nous ne connaissons pas cette technologie ! Tu parles, elle est née bien, bien, bien avant ton portable. Le trouves-tu dangereux ? Il n’y a pas eu suffisamment de tests. Jamais tests ne furent réalisé à une aussi grande échelle. La Tour de Babel était moins haute que cette échelle-là.

A quoi ont servi nos heures passées à lire, à résumer, à écrire, à filmer, à monter, à partager ce que dit la science sur les vaccins. Un soir, alors que vous souhaitiez une vidéo plus vulgarisée sur les vaccins, j’en ai tourné une de nuit. L’éclairage est mauvais, la voix est tremblante, l’œil fatigué. Alors non. Non, il n’y a pas eu un manque d’informations. L’information, nous l’avons diffusé. Non. Non, il n’y a pas eu un manque de pédagogie. Pédagogue, nous l’avons été.

Mais voilà, c’est internet. Internet ou l’information se diffuse horizontalement. Ou toute voix vaut l’autre. Alors, pendant que Fouché et consorts débitaient leurs conneries, leurs contre-vérités, leurs insultes à la science, faisant des centaines de milliers de vues, nous n’en faisions que des centaines. Parfois mille, parfois deux-milles. Il est facile de raconter n’importe quoi. Bien plus dur d’être strict sur les données.

Mais voilà. C’est internet. Internet ou chacun est libre de ses recherches, de ses maîtres à penser, de ses gourous. Libre et donc responsable. Si tu veux écouter une vendeuse de chaussure plutôt qu’un biologiste c’est ton choix. Emma Kursi te dit de ne pas te faire vacciner. Moi, tout en respectant ta liberté, t’y encourage. Ecoutes qui tu veux. Fais ton choix et sois-y responsable.

L’horizontalité de l’information sur internet, l’égalité des voix est un drame du monde moderne. La parole d’Etienne Klein a, sur les réseaux, le même poids que celle d’un Jean Robin qui te raconte que l’Univers n’a que 5000 ou 7000 ans ! La voix d’un Jancovici a la même force que celle d’un anonyme négateur du changement climatique ! La voix d’un cadre de chez Pasteur ne vaut pas plus que celle d’un Silviano Trotta. Le drame de notre époque ! Et nous n’en sortirons pas. Et nous en sortirons encore moins vite que les journalistes, à quelques exceptions près s’incultures avec une célérité jamais vu jusqu’alors ! Pour Zemmour l’immigration n’est qu’un problème légal. Le changement du climat n’y est pour rien puisqu’il n’existe pas ! 

Alors, permettez que je sois fatigué ! Fatigué lorsque je vois les manifestations contre les masques, la vaccination, le pass sanitaire. Permettez que je le sois lorsque je vois dans ces cortèges des élus de notre république. Lorsque je vois ma famille politique, ma famille religieuse en grand nombre.

La liberté nous y tenons tous ! Et tous nous veillerons à la protéger. Non car elle est un droit. Mais parce qu’elle est l’Histoire humaine. Elle nous transcende. Nous ne sommes que des nains juchés sur ces épaules. Mais le mensonge garantie une fausse liberté. Et tous vos gourous, épouvantars en paille pourrie, vous mentent. La base de votre pseudo-liberté est donc pourrie et vos illusions s’effondreront avec elle.

Je suis fatigué. Fatigué finalement de vous voir si nombreux irresponsables. Vous créez des mythes pour y fourrer des bouc-émissaires. Ce n’est pas vous : c’est la science. Sans avancée humaine il n’est point de liberté. Jamais, ne l’oubliez.

Paul-Emmanuel Vanderriele

lundi 26 juillet 2021

Covid longue et traitement: ma réponse à Tatiana Ventôse!

 

Six années ! Ou presque ! Vendredi passé, après six années, ou presque, de travail, nous avons terminé et envoyé notre papier. Six années de travail qui se concluent par un papier. Enfin, conclure. Le terme est pour le moins inapproprié. Mais il n’y en a malheureusement pas d’autre. Le français, aussi riche que soit la langue, ne possède pas suffisamment de vocable pour décrire le monde scientifique. Un papier n’est pas une conclusion mais est souvent le début d’un nouveau projet, l’ouverture à de nouvelles perspectives. Certains diraient une renaissance. Là encore, ce serait faux.

Six années ! Ou presque ! Mise en place du modèle, étude de la modification génétique, description d’un mécanisme probable et identification d’une possible cible thérapeutique. Probable ! Possible ! Il n’y a pas, et ce malgré une utilisation rigoureuse de la méthodologie, des outils et des techniques scientifiques, de quoi modifier notre perception du monde. Il n’y a pas même de quoi grandement modifier la vision que nous avons de la pathologie que j’étudie depuis un certain temps déjà.

Six années ! Ou presque ! Pour du probable. Pour du possible. La recherche avance à petits pas. Un petit pas pour le chercheur et, trop souvent hélas, pas un grand pas pour les patients. Une simple petite bougie qui éclaire un théâtre trop vaste, un théâtre dont nous n’apercevons pas les contours.

Six année ! Ou presque ! Pour lever une part infinitésimale du voile d’une maladie, d’une pathologie complexe. Toutes le sont ! Toutes sont multifactorielles ! Toutes affectent de nombreux tissus.

Il parait, selon cette célèbre déclaration du Général que nous cherchons beaucoup mais que nous trouvons peu. En réalité nous trouvons beaucoup. Mais nos pas sont si petits que le public ne peut les voir, ne peut les comprendre. De notre hauteur d’homme, le déplacement d’une puce est invisible. Pourtant elle avance. Il faut le dire. Ce n’est pas notre faute : c’est la nature qui est complexe ! Sacrée évolution !

L’incompréhension de cette complexité fut le drame de l’actuelle crise sanitaire. Le public, au sens large, a cru les dires de certains médecins : un traitement, un seul, pourrait entièrement soigner une maladie aussi complexe que la Covid 19. Voilà donc qu’une potion magique pourrait faire disparaître tous les symptômes liés au virus, et chez tous. Pourquoi diantre s’embêter à avoir plusieurs types de traitements chez les hypertendus ? Chez les diabétiques ? etc. Pourquoi donc perdre son temps en cherchant les mécanismes d’entrée du virus ? Son processus de réplication ? Ses effets sur les reins, les tissus olfactifs, le système limbique ? La croyance en la molécule unique ou en une combinaison unique pour les soigner tous s’est infiltrée dans l’esprit du public et a fait perdre la raison à une part, longtemps croissante, maintenant en déclin, de la population. Au point que les critères d’inclusion et d’exclusion des divers essais cliniques à grande échelle étaient imperméables à l’intelligence du plus grand nombre. Tentons l’exemple pour plus de clarté. Pour traiter l’immunodéficience acquise, plus communément le SIDA, pathologie due à un virus à ARN, il existe de multiples trithérapies, c’est-à-dire de multiples combinaisons de molécules. Il est vrai, et c’est une simplification outrancière langagière, que nous parlons communément de trithérapie au singulier. Le français n’est sans doute pas fait pour la science ! Ou est-ce notre esprit ?

L’incompréhension de la complexité fut le drame de l’actuelle crise sanitaire. Répétons-le. Signe des temps, Barbara Stiegler, fille du père de la philosophie de la complexité, a pondu, en début d’année, un ouvrage d’une simplicité intellectuelle indigente ! La complexité semble être morte avec son père !

Alors, ma chère Tatiana, tu as tort. Tu as tort lorsque le 20 juillet tu t’écris sur le site à l’oiseau bleu et, sans doute folle de bonheur, que des chercheurs ont trouvé LA cause et LE traitement au Covid long (oubliant le féminin au passage). Et qu’en plus, écris-tu, ce n’est pas une blague. Ce n’est pas une blague mais une mécompréhension de ta part. Brièvement sur l’article, ils ont développé un modèle d’analyse in sillico et de discrimination des patients en Covid courte ou longue en se basant sur les facteurs d’inflammation et immunologique plasmatique. En aucun cas ils n’expliquent avoir trouver LA cause unique d’une covid longue et, encore moins LE traitement ; le mot therapies étant toujours au pluriel dans l’article. Ils indiquent simplement que leur méthode de classification aidera grandement les cliniciens à diagnostiquer et trier les patients. Un premier tri seulement donc. Un petit pas de plus et rien de plus. Car c’est cela la science : une vieille dame avançant par petits pas. Dès lors, Tatiana, pourquoi penser que cet article puisse donner une cause unique et un traitement unique à une pathologie aussi complexe que la Covid 19 ? Et, qui plus est, d’une longue Covid ? N’as-tu donc rien appris de la crise qu’a traversé et que traverse toujours le monde de la recherche en ce moment ? N’as-tu donc pas compris, au long de ces longs mois de malheureuse et bien regrettable souffrance pour toi Tatiana, que la complexité ne se résume pas au singulier mais se conjugue au pluriel ? Alors, oui, je comprends. Je comprends l’espoir que peut faire surgir en toi une telle publication.

L’espoir. Oui, Tatiana. L’espoir. L’espoir d’une, de LA solution miracle, a poussé tant de gens à suivre des chercheurs, des médecins qui, sortant des sentiers battus, sentiers tracés par la méthodologie et l’histoire de la science, ont affirmé avoir une potion magique. La volonté de devenir un héros est très présente dans l’esprit d’un chercheur. Comme l’a dit un jour feu le professeur Axel Khan : « Un chercheur est avant tout un homme qui a foi en lui et en son propre génie ». J’ajouterai ici que cette foi doit être réduite au silence pour laisser place au consensus.

Le consensus, chère Tatiana, est le fruit mûr de la critique, des attaques acerbes, des réflexions, des discussions. C’est l’autre drame de l’actuelle crise. Et là encore, Tatiana, tu es tombé dans le piège. Ce piège, presque invisible pour le public, de la critique scientifique. Un article n’est pas une conclusion. Il n’est qu’une étape. Une petite borne sur une route pratiquement infinie. Mais cette borne peut-être mal placée, déformée, mensongère de la mesure. Grâce à la critique, elle deviendra stable, fixe, bien ronde, vérité. Elle deviendra consensus. La recherche c’est le doute crient en cœur les commentateurs sur les réseaux sociaux. Oui, c’est le doute. Mais un doute raisonné et raisonnable. Un doute précis et détaillé devrais-je même ajouter. Dès lors, dans cette grande arène qu’est le monde scientifique, il n’est pas de petits ou de grands chercheurs. Il n’est que chercheurs spécialistes d’un domaine qui se disputent. Et la dispute ne peut se faire que dans cette arène car, comme l’explique Bachelard pour parler science il faut en posséder le vocabulaire. Cela ne laisse nullement le public en tant que spectateur mais cela signifie qu’un plateau de télévision n’est pas une arène scientifique. Cette notion-là est de plus en plus difficile à faire comprendre au citoyen d’aujourd’hui. Répétons-le : les débats sur les plateaux de télévision ou sur Youtube ne sont pas des débats scientifiques. En ce sens, la dernière sortie de Blachier, d’Henrion-Caude, de Fouché ou de qui que ce soit d’autre sont nulles et non advenues pour le monde scientifique

Bien malheureusement, le public se sent exclu. Surtout, si on ajoute cette observation de Bachelard dans son ouvrage La formation de l'esprit scientifique : qu’« une expérience scientifique est une expérience qui contredit l'expérience commune ». Prosaïquement, les anecdotes personnelles ne font pas la science. Mais le mensonge non plus. Et d’autant moins qu’il ne fait la démocratie ! Dans un article du New York Times du 23 avril 2020, le Prix Nobel de littérature turc Pamuk Orhan déclare que « L’histoire et la mémoire littéraire des épidémies nous montre que l’intensité de la souffrance, la peur de la mort, la terreur métaphysique et le sens du surnaturel chez la population affligée étaient proportionnels à l’intensité de leur colère et de leur insatisfaction politique ». Dans son dernier ouvrage, Night of Plagues, publié l’an dernier et non encore traduit en français, il raconte comment les gens ont toujours réagi aux épidémies en rependant des rumeurs et de fausses informations et en présentant la maladie comme étrangère et introduite avec des intentions malveillantes. Dans notre siècle qui se veut moderne, nous en sommes là. Toujours ! Encore ! La nouveauté cependant est le rôle qu’ont joué certains membres ou ex-membres plus ou moins éminents de la communauté scientifique.

Le mensonge ! Quelle misère. Depuis plus d’un an que je discute du sars-cov2, des vaccins et aujourd’hui du pass sanitaire, on m’a accusé de tous les maux : d’avoir un esprit dictatorial, d’être vendu à Big Pharma, d’être payé par le gouvernement, d’être un chercheur au très bas QI, de haïr le peuple ! Ce sont ceux qui mentent pour leur propre profit, pour leur gloire personnelle qui haïssent le peuple. Ce sont ces médecins, ces scientifiques qui vous font croire à une solution miracle et qui, par passion personnelle, politisent, pervertissent les débats de recherche, qui haïssent le peuple. Le mensonge n’est en aucun cas l’allier du citoyen. Au contraire il est son adversaire le plus sournois, le plus rude à combattre. Comment d’ailleurs donner de saines bases à la démocratie par le mensonge ? Et si je vous dis que pour réduire, voire totalement éliminer le changement climatique, il suffit de supprimer tout déplacement maritime. Fini les supertankers, les bateaux de croisière, les thoniers et autres chalutiers. Me croiriez-vous ? Bien évidemment que non ! Une solution si simple pour un problème si complexe vous paraitrait fou ! Il ne vous reste plus qu’à transposer pour vous rendre compte de vos erreurs, de vos errements.

Le mensonge ! Quelle misère. Je peux tout à fait entendre et comprendre que nombreux sont les gens qui, artisans, professionnels du tourisme, artistes, restaurateurs, ou autre se retrouvent dans les manifestations contre le Pass Sanitaire, la pandémie actuelle ayant ruinée leurs vies. Il est vrai que de très, de trop nombreuses vies furent gâchées, brisées, détruites par ce virus sorti du fin fond d’une forêt asiatique. Les gouvernements occidentaux dans leur ensemble, excepté sans doute en Nouvelle Zélande, n’ont pas pris toutes les bonnes décisions à temps et les justes mesures. Avouons ici, dans cet aparté politique, que leurs opposants n’auraient pas fait mieux. Certains d’ailleurs, auraient fait pire. Mais ce que je sais également c’est que beaucoup de manifestants croient aujourd’hui en des contre-vérités, en des mensonges. Nous aurions tous aimé que des traitements, à l’instars des trithérapies pour le sida, fonctionnent. Mais il n’en ai rien. Ces potions magiques, pour reprendre mon exemple sur le changement climatique, représentent la fin du vélo. Pensez-vous que si le vélo était interdit cela changerait quoi que ce soit au dérèglement climatique ? Au contraire, cela empirerait le phénomène à la marge. Là encore, transposez ! Dès lors, puisque la recherche n’a toujours pas trouvé de thérapies à la Covid, la solution du tout vaccinal semble être la plus adéquate. Le vaccin, toujours dans mon exemple climatique, est l’éducation. L’éducation de tous dans mon exemple. Et avec l’éducation qui va conduire au changement de comportements il est d’une probabilité non négligeable, significative que nous puissions changer les choses.

Si vous souhaitez être libres et donc responsables, chassez le mensonge de votre esprit. Soyez attentif aux nouvelles de la recherche et non aux beuglements des plateaux de télévision et aux discours abscons d’aventuriers de la rhétorique primaire qui pullulent sur les réseaux sociaux. Il y a eu, ces 16 derniers mois, sur cette chaîne, de l’information sourcée sur tout ce qui concerne le sars-cov2. Etant chercheur moi-même je suis entré dans cette arène des sciences pour mener combat. Après un dernier article sur le blog de la chaîne concernant l’origine biologique du sars-cov2 (ou vous trouverez le transcrit de cette vidéo), et sans doute une vidéo tik tok sur l’historique des vaccins à ARNm, je sortirai de cette arène-ci pour entrer dans une autre. Je ne vois en effet pas ce que je peux ajouter de plus sur cette problématique. Avant la fin de l’année vous trouverez notamment ici des vidéos sur le changement climatique et la santé. Comment ce dernier affecte notre biologie ? Un nouveau combat d’informations nécessaires, impératives. Mais je sais que là encore, les débats feront rage dans les commentaires.

Amis, manifestants, un dernier mot pour vous. Défendre la liberté c’est une bonne chose. Mais, et je reprends ici le mot de la conférence des évêques de France, ne confondez pas les libertés. Mais surtout, surtout, ne les hypothéquez pas sur du mensonge ou sur des théories farfelues. Vous seriez alors les grands perdants. Vous êtes responsables de vos sources d’informations. Et cette responsabilité vous engage face à vos enfants, vos parents, vos amis, vos voisins. N’oubliez jamais aussi que la démocratie est exigeante. Qu’importe votre famille politique. L’exigence démocratique ordonne d’écouter l’autre, de prendre en compte ses opinions, de les comparer aux siennes afin, à minima, d’entre-apercevoir le faux ou il se trouve. Durant cette crise, j’ai rencontré et ai eu l’occasion de discuter avec des gens sublimement engagés. Je vais notamment penser à Alexander Samuel. Nous sommes de familles politiques bien distinctes mais l’exigence démocratique et un certain amour de la vérité nous ont permis de nous retrouver sur de nombreux points.

Tatiana, aussi grande que soit ta souffrance, prend le temps de réfléchir sur la complexité des mécanismes biologiques, des mécanismes du monde et ne tombe plus dans l’espoir d’une solution simple. Tu es, je n’aime guère ce mot, une influenceuse. Tes tweets ont un impact.

A tous ceux qui se sont désabonnés de Dirty Tommy, sachez que je ne l’ai pas fait. Je l’écoute pour ses critiques cinéma et non pour son avis scientifique. Il est sorti du cadre et du contrat passé avec ses abonnés. Cela est vrai. Mais une chaîne est personnelle et je sors moi aussi parfois du cadre. Lui aussi, est comme Tatiana, un influenceur et dois prendre ses responsabilités. Mais vouloir se désabonner pour une seule vidéo me paraît une trop lourde peine.

Enfin, à tous les amoureux de la science, je vous invite à suivre la chaîne pseudo-croyance. Il n’y a pour l’instant qu’une vidéo mais je fais le pari de qualité pour son avenir. Le lien est en description. Pour les tipers, la vidéo sur Raoult vous sera envoyé à partir de la rentrée. J’ai besoin de travailler le texte.


Paul-Emmanuel Vanderriele

La vidéo: https://youtu.be/eiaO3wNHI80

 

Citizen4Science donne une image erronée du monde de la recherche!

  NB  : Il est possible que ces lignes soient mal interprétées par la faune du net. Je précise donc que l’objectif de ma réponse n’est que ...